Mademoiselle Laurie-Ann et toute la p'tite famille
Des nouvelles de nous!
À ceux et celles qui voudraient comprendre…

J'ai décidé de mettre mon texte ici, pour la simple et bonne raison que peut-être ça pourra aider quelqu'un quelque part.  Merci de ne pas me juger.


À ceux et celles qui voudraient comprendre…

D’abord, il y a ceux qui ne comprennent pas la réaction. Qui ne comprennent pas que chacun le vit différemment et que c’est possible que chacun ait sa vision des choses.

Ensuite, il y a ceux qui croient que c’est de l’apitoiement, une recherche d’attention, de l’égoïsme pur et simple.

Puis, il y a ceux qui s’en foutent éperdument, pour qui c’est pas important; ceux qui ne voient le résultat que d’un côté.

Il y a aussi ceux qui l’ont vécu différemment et qui ne le voient pas de la même façon et qui comprennent plus ou moins.

Mais aussi, il y a ceux qui l’ont vécu, qui comprennent au même niveau ou à un autre niveau et qui essaient tant bien que mal eux aussi de faire comprendre aux autres…

Alors voilà, pour tous ces gens qui essayent en vain de comprendre, une nouvelle tentative :

Les femmes ont été créées de façon à avoir la chance de donner la vie. Dans ce long processus, certaines ont des maux plus ou moins importants, d’autres très importants. Mais dans la plupart des cas, les femmes s’embarquent dans une voiture de montagnes-russes physiques et émotionnelles. On l’imagine ce moment, on se fait un plan, on sait ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas… Puis, vient le temps de vivre ce moment si privilégié, le moment de donner la vie. Certes, le processus est parfois long et douloureux mais telle était la volonté de celui ou celle qui nous a créées. Un processus normal, par lequel chaque femme qui désire donner la vie doit passer : l’appréhension, le travail, les contractions, la douleur, la naissance…

Dans ce monde que plusieurs qualifient d’évolué, la médecine a trouvé des alternatives pour aider les femmes à passer à travers le « processus normal » : péridurale et autres anesthésies, interventions médicamenteuses et bien d’autres… Ainsi que : la césarienne. Certes, à prime abord, la césarienne servait à sauver des vies. Dans des cas où la maman ou le bébé étaient en danger de mort et que l’un ou les deux risquaient d’y laisser leur vie s’ils devaient passer par le « processus normal ». C’est génial de sauver des vies! Merci docteur!

S’en suivit la mode des césariennes… par peur ou par praticité, les femmes choisissaient d’avoir une césarienne plutôt que de donner la vie naturellement. Dans notre monde civilisé, je me dois de respecter ce choix.

Et, naturellement, il y a les césariennes pratiquées pour des raisons médicales : détresse fœtale, bébé en position transverse ou en siège, et autres… Celles qui sont pratiquées souvent contre la volonté de la maman qui doit se résigner à passer par là, à subir une chirurgie abdominale importante afin de faire sortir ce bébé tant attendu d’une façon plus ou moins inattendue…

Mais on fait quoi de ces femmes qui veulent donner la vie à travers le « processus normal » mais qui ne pourront pas pour X raison? À qui on dit : « écoute, le principal c’est d’avoir un beau bébé en santé. » À qui on répète : « l’important, c’est pas comment il est sorti, c’est qu’il soit correct. » À qui on a le culot de dire : « de toute façon, t’es chanceuse, une césarienne c’est ben plus facile qu’un accouchement. » De qui on dit : « on sait ben, elle ne sait pas c’est quoi un accouchement elle, elle n’a pas poussé pendant des heures pour l’avoir son bébé. » À qui on demande : « pourquoi essayer une version, on peut juste te faire une césarienne, c’est ben moins compliqué. » À qui on fait avaler que les premières heures de vie manquées, ça dérange pas vraiment, papa était là lui pendant que maman était en train de se faire recoudre-réveiller-etc… À qui on essaye de faire croire que tout ce cirque n’influence pas le lien d’attachement de la maman avec son bébé, que ça n’influence pas l’allaitement et le reste… Les gens sont parfois tellement injustes dans leurs commentaires…

Alors, on fait quoi avec ces femmes qui ne voient pas la césarienne comme l’aboutissement d’une grossesse? On s’entête à leur répéter les phrases ci-dessus jusqu’à ce qu’elles oublient leur sentiment de détresse, d’incompétence, de chagrin si intense qui au fond, est toujours aussi présent même une fois « rangé » dans un tiroir…

De toutes ces femmes, plusieurs se résigneront à n’avoir qu’un seul enfant, puisque l’éventualité d’une autre césarienne est imminente…

Il y a celles qui n’ont pas vécu leur césarienne comme ça et qui sont bien contentes de recommencer et cette fois-ci de savoir quand elles vont avoir leur poupon. Chapeau mesdames je ne sais pas comment vous faites, j’aimerais réagir comme vous!

Et puis, il y a les autres qui se disent qu’elles veulent essayer un AVAC et qui décident d’avoir un autre enfant. Quel processus de décision! Selon les statistiques, près de 80% d’entres elles réussiront. Pendant les neuf mois remplis de hauts et de bas, de petits ou gros maux, la confiance en notre capacité de donner la vie naturellement vient et va… Et puis y’a l’angoisse de l’inconnu puisque même si on en est à notre deuxième, parfois même troisième grossesse, l’accouchement, c’est une première pour nous (j’imagine que c’est sensiblement la même chose pour celles qui ont été en travail et qui on dû terminer en césarienne d’urgence; après tout, il n’est pas sorti par la « bonne » porte!). De plus, c’est une première qui est souvent remplie de contraintes d’ordre médicales (procédures obligatoires, techniques interdites, protocoles ridicules, etc). Tout ce qu’on s’était imaginé pour le premier, ce qui ne s’était pas passé, risque de ne pas pouvoir arriver non plus… Y’a des choses qu’on ne voulait pas auxquelles on nous soumet par protocole, y’a des choses auxquelles on n’a pas droit à cause des risques… On se résigne, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a… Et puis encore, on répète que : « c’est pas grave si ça se termine en césarienne, l’important c’est la santé de la maman et du bébé. »

Ce que je me demande c’est :
Quand est-ce qu’on va demander à la maman comment elle se sent, comment elle vit ça au lieu de lui dire que l’important c’est que son bébé soit en santé?

Bien, comme personne ne me l’a demandé à moi, je vais vous le dire (je tiens à préciser que les prochaines phrases sont uniques à MA vision des choses mais je suis certaine que je ne suis pas la seule à me sentir de cette façon)…

Alors, comment on se sent? On a un sentiment d’incapacité à donner la vie de façon « normale »… On se pose mile et une questions :
Est-ce que c’est parce que je ne suis pas normale?
Est-ce que c’est parce que je ne suis pas une « vraie » femme?
Est-ce que mon bébé va m’aimer quand même?
Est-ce que JE vais aimer mon bébé quand même?
Combien de temps ça va prendre avant que je me rétablisse?
Pourquoi ça m’arrive à moi?
Pourquoi j’ai pas été capable?
Pourquoi personne ne se préoccupe de moi?
Pourquoi je réagis comme ça?
Pourquoi personne ne semble comprendre?
Et la liste continue indéfiniment…

Comment on se sent? On se sent inadéquate, on a l’impression d’avoir échoué, de ne pas être à la hauteur, de ne pas mériter d’avoir un enfant puisqu’on n’a pas vraiment fait « d’effort » pour le sortir. On est incapable de dire qu’on a accouché. On a l’impression d’avoir manqué les moments les plus importants de la vie de notre enfant; il aura passé ses premières heures de vie avec son père ou à la pouponnière. C’est avec quelqu’un d’autre que soi qu’il aura créé ce lien si spécial, cet attachement avec la première personne qui l’aura tenu dans ses bras.

Qu’on le veuille ou non, qu’on le croit ou non, ça FAIT une différence.

Alors à tous ceux qui voudraient comprendre l’importance d’un AVAC pour une femme ayant subit une césarienne, je vous dis que tout réside dans l’importance de ne pas revivre tous ces sentiments si difficiles à gérer, à oublier, à mettre de côté; parce qu’après tout, la vie continue et il faut s’en occuper de cet enfant là même si on ressent toutes ces choses là…

Avoir une maman saine d’esprit, heureuse et bien avec elle-même, ça n’a pas de prix…



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